Avec 2,23 millions de touristes aériens accueillis en 2025 et plus de 2,5 milliards d’euros de recettes, le tourisme en Outre-mer confirme son redressement. Mais derrière ces chiffres encourageants se dessine un enjeu plus profond : transformer cette reprise en développement économique durable. Investissement, diversification des clientèles, connectivité, montée en gamme et valorisation des ressources locales sont désormais au cœur des stratégies territoriales ultramarines.

Réunie à Bercy le 14 septembre 2026, la sixième édition du Comité stratégique du tourisme en Outre-mer (CSTOM) a confirmé le poids majeur de la filière dans l’économie ultramarine.

En 2025, les territoires ultramarins ont accueilli 2,23 millions de touristes aériens, soit une progression de 2 % sur un an. Les recettes touristiques dépassent 2,5 milliards d’euros, tandis que 4,72 millions de passagers aériens ont voyagé à destination des Outre-mer. Le secteur représente aujourd’hui entre 7 et 10 % du PIB ultramarin et entre 25 000 et 30 000 emplois directs.

Ces résultats témoignent d’une reprise réelle. Ils ne doivent toutefois pas masquer les disparités entre territoires, ni les fragilités structurelles qui continuent de peser sur le développement du tourisme ultramarin.

Une reprise touristique réelle, mais très différente selon les territoires

Parler du « tourisme en Outre-mer » au singulier peut être trompeur. Guadeloupe, Martinique, Guyane, La Réunion, Mayotte, Saint-Martin, Saint-Barthélemy, Nouvelle-Calédonie ou encore Polynésie française disposent de marchés, de modèles touristiques, de niveaux de connectivité et de capacités d’hébergement très différents.

Les résultats de 2025 en donnent une bonne illustration.

En Guadeloupe, les capacités aériennes progressent de 7 % et le nombre de passagers de 2 %, tandis que les nuitées hôtelières reculent de 9 %. En Martinique, le trafic aérien touristique diminue de 3 % et les nuitées hôtelières de 7 %. À l’inverse, Saint-Martin enregistre une hausse de 27 % des touristes aériens, tandis que Saint-Barthélemy affiche une progression de 14 % des passagers. La Nouvelle-Calédonie demeure marquée par les conséquences des événements de 2024, avec un recul de 38 % du nombre de touristes aériens en 2025, même si les premiers signes de redressement apparaissent en 2026.

Ces différences rappellent un principe essentiel de toute stratégie territoriale en Outre-mer : il n’existe pas de modèle touristique unique transposable d’un territoire à l’autre.

Les politiques de développement doivent partir des réalités économiques locales, de l’accessibilité du territoire, de son tissu entrepreneurial, de ses capacités d’accueil, de son environnement et des clientèles qu’il peut durablement attirer.

L’investissement touristique, maillon essentiel de la compétitivité des Outre-mer

La question de l’investissement constitue probablement l’un des principaux enjeux des prochaines années.

En 2025, 230 millions d’euros ont été investis dans les hébergements marchands ultramarins. Le montant progresse par rapport aux 165 millions d’euros enregistrés en 2024, mais reste inférieur aux 260 millions d’euros de 2023. L’hébergement marchand concentre à lui seul 93 % des investissements touristiques ultramarins recensés.

La Réunion et la Guadeloupe arrivent en tête avec 54 millions d’euros d’investissements chacune, devant la Guyane (18 millions), la Martinique (16 millions) et Mayotte (6 millions).

Au-delà des montants, plusieurs contraintes structurelles freinent les projets : coûts de construction supérieurs de 30 à 50 % à ceux observés dans l’Hexagone, rareté du foncier, vieillissement d’une partie du parc, taille réduite des opérateurs, besoins d’ingénierie et forte dépendance à la connectivité aérienne.

La problématique du tourisme rejoint ici celle, plus générale, de l’économie des Outre-mer : attirer des capitaux ne suffit pas. Encore faut-il permettre aux projets d’atteindre un modèle économique viable dans des territoires où les coûts d’investissement et d’exploitation peuvent être sensiblement plus élevés.

L’enjeu porte donc autant sur la création de nouvelles capacités que sur la rénovation, la transformation et la montée en gamme de l’offre existante.

Ne plus seulement rechercher davantage de touristes, mais davantage de valeur

Le changement de paradigme apparaît également du côté des clientèles.

La diversification des marchés émetteurs fait désormais partie des priorités affichées par Atout France. L’objectif est notamment de réduire la dépendance de certaines destinations à la clientèle hexagonale, de mieux répartir la fréquentation sur l’année et d’attirer des visiteurs disposant d’un pouvoir d’achat élevé. Atout France identifie précisément la diversification des marchés comme un levier permettant d’optimiser la saisonnalité et de renforcer la création de valeur.

Les pays d’Europe du Nord constituent à ce titre un marché particulièrement observé.

En septembre 2026, un workshop organisé à Paris par Atout France, la Direction générale des Outre-mer et Air France a ainsi réuni les représentants de plusieurs destinations ultramarines et 44 tour-opérateurs issus de huit marchés européens, avec notamment une ouverture vers les pays baltes.

La stratégie ne repose pas nécessairement sur une recherche massive de volumes.

Pour plusieurs destinations, l’objectif consiste plutôt à attirer des visiteurs séjournant plus longtemps, disposant d’une capacité de dépense supérieure et sensibles à la qualité de l’expérience, à la nature, au patrimoine et aux engagements environnementaux.

Cette logique est déterminante : la performance touristique d’un territoire ne peut plus être appréciée uniquement à travers le nombre de visiteurs.

Durée moyenne des séjours, dépense par visiteur, retombées pour les entreprises locales, emplois générés, saisonnalité ou encore capacité à conserver localement la valeur créée deviennent des indicateurs tout aussi stratégiques.

La connectivité aérienne reste une condition déterminante

Cette diversification internationale ne pourra toutefois fonctionner sans amélioration de l’accessibilité.

Le transfert vers Paris-Charles-de-Gaulle des dernières dessertes ultramarines d’Air France auparavant opérées depuis Orly constitue, à cet égard, une évolution importante pour les correspondances européennes.

Selon les données communiquées en septembre 2026, Air France a observé entre avril et août une augmentation de plus de 65 % des réservations vers les départements d’Outre-mer au départ de l’Europe du Nord. La compagnie estime que la poursuite de cette dynamique pourrait représenter environ 3 000 visiteurs supplémentaires sur un an.

Le sujet dépasse largement le transport aérien.

Pour les économies insulaires et éloignées, la connectivité constitue une composante directe de la compétitivité territoriale. Fréquence des vols, prix des billets, simplicité des correspondances et ouverture vers de nouveaux marchés déterminent en partie la capacité d’une destination à développer son activité touristique.

Une stratégie touristique ultramarine ne peut donc être pensée indépendamment d’une stratégie de mobilité et de désenclavement.

Diversifier également l’offre touristique

Diversifier les clientèles suppose parallèlement de diversifier les expériences proposées.

Le tourisme ultramarin ne peut plus être résumé au modèle « soleil, plage et climat tropical ». Les territoires disposent d’un patrimoine naturel, culturel, agricole, industriel et gastronomique considérable, encore inégalement transformé en produits touristiques structurés.

Tourisme culturel et patrimonial, écotourisme, tourisme agricole, découverte des savoir-faire, gastronomie ou tourisme industriel constituent autant de relais de croissance potentiels.

Le CSTOM 2026 a notamment mis en avant le tourisme de savoir-faire et le spiritourisme, avec plusieurs projets accompagnés par l’État : la Maison du Manioc en Guyane, le Domaine de Maison Rouge à La Réunion ou encore l’écosystème Habitation Néron-Papa Rouyo en Guadeloupe.

Cette diversification présente un double intérêt : elle enrichit l’expérience proposée aux visiteurs tout en permettant de mieux diffuser les retombées économiques du tourisme vers les entreprises, producteurs, artisans et territoires situés en dehors des principaux pôles balnéaires.

Tourisme durable : une nécessité économique autant qu’environnementale

Dans des territoires particulièrement exposés au changement climatique et aux risques naturels, la transition du modèle touristique devient également incontournable.

Le CSTOM 2026 a ainsi placé la construction d’un tourisme durable et compétitif au centre de ses travaux, dans un contexte où la Commission européenne prépare elle-même sa stratégie pour un tourisme durable. Atout France souligne que les territoires ultramarins peuvent jouer un rôle particulier dans cette transformation, compte tenu de leurs contraintes mais aussi de leur capacité d’expérimentation.

Adaptation des bâtiments aux conditions climatiques, maîtrise des consommations énergétiques, gestion de l’eau, mobilité, préservation de la biodiversité et résilience des infrastructures deviennent progressivement des paramètres économiques des projets touristiques.

Les événements récents l’ont rappelé : cyclones à Mayotte et à La Réunion, tensions économiques ou événements en Nouvelle-Calédonie peuvent rapidement affecter l’activité. Plus largement, l’IEDOM estime que l’environnement économique des Outre-mer s’est amélioré en 2025, mais souligne que cette reprise demeure fragile et que les vulnérabilités structurelles persistent.

La résilience doit donc désormais être intégrée dès la conception des projets et des politiques d’investissement.

L’Europe, un levier financier encore à mieux mobiliser

L’autre enjeu majeur concerne le financement.

À l’occasion du CSTOM, l’État a annoncé la publication d’un guide des financements européens pour le tourisme ultramarin, élaboré avec plusieurs partenaires institutionnels. L’objectif est de faciliter l’accès des collectivités, entreprises et associations aux dispositifs européens mobilisables pour leurs projets.

Cette ingénierie financière est stratégique.

Dans les Outre-mer, le financement d’un projet touristique peut nécessiter l’articulation de plusieurs dispositifs : fonds propres, financement bancaire, aides territoriales, dispositifs nationaux, financements européens et mécanismes fiscaux d’aide à l’investissement.

La capacité à identifier ces outils, à structurer les projets et à construire des plans de financement cohérents devient donc un facteur déterminant pour faire émerger les investissements.

Faire du tourisme un véritable outil de développement territorial

La reprise enregistrée depuis plusieurs années constitue une opportunité. Mais elle ne suffira pas, à elle seule, à transformer durablement les économies ultramarines.

L’enjeu des prochaines années sera de passer d’une politique principalement centrée sur la fréquentation à une véritable stratégie économique et territoriale du tourisme en Outre-mer.

Cela suppose d’articuler plusieurs dimensions : investissement et rénovation de l’offre, connectivité, diversification des marchés, formation et compétences, transition écologique, valorisation des productions locales et ingénierie financière.

Le tourisme peut alors devenir davantage qu’un secteur économique : un levier transversal de développement territorial, capable de soutenir l’hébergement, la restauration, les transports, le commerce, l’agriculture, l’artisanat, la culture et les services.

La FEDOM souligne d’ailleurs la nécessité de construire des stratégies territoriales associant professionnels, collectivités et État autour de problématiques telles que la desserte, l’hébergement, le foncier, les compétences, la transition écologique et le financement.

Pour les territoires ultramarins, le défi n’est donc plus seulement de retrouver les niveaux de fréquentation antérieurs aux crises successives.

Il est de déterminer quel tourisme développer, pour quelles clientèles, avec quels investissements et surtout avec quelles retombées pour l’économie locale.

C’est probablement à cette condition que la reprise touristique pourra se transformer en croissance durable et en véritable création de valeur pour les territoires ultramarins.

Sources & références

Cet article s’appuie notamment sur les données et publications suivantes :

  • Comité stratégique du tourisme en Outre-mer (CSTOM), septembre 2026 – Données relatives à la fréquentation touristique, aux recettes, à l’emploi, aux investissements et aux orientations stratégiques du tourisme ultramarin.
  • Atout France6e édition du Comité stratégique du tourisme en Outre-mer (CSTOM) : investissements, diversification des clientèles, transition vers un tourisme durable et compétitif et intégration des destinations ultramarines à la stratégie touristique nationale.
  • Outremers360Tourisme en Outre-mer : 2,23 millions de touristes, 2,5 milliards d’euros de recettes en 2025 – Bilan de la reprise du secteur, investissements touristiques et enjeux de structuration d’une stratégie commune.
  • Franceinfo – La 1èreTourisme : l’Outre-mer à la conquête de l’Europe du Nord – Diversification des marchés émetteurs, développement des clientèles européennes et enjeux de connectivité aérienne.
  • IEDOM – Institut d’émission des départements d’Outre-merConjoncture 2025 et perspectives 2026 en Outre-mer – Analyse de la situation économique des territoires ultramarins et des perspectives de développement.
  • FEDOM – Fédération des Entreprises des Outre-mer – Publications et analyses consacrées au tourisme ultramarin, à l’investissement, à la desserte, au financement et aux stratégies de développement territorial.

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